114 500 enfants victimes de violences physiques. 76 200 de violences sexuelles. Les chiffres 2025 publiés par le service statistique du ministère de l'Intérieur révèlent une réalité brutale : les violences envers les mineurs augmentent nettement plus vite que celles envers les adultes. Ce que disent vraiment les données — et ce qu'elles ne montrent pas.
Les chiffres clés à retenir
En 2025, les services de police et de gendarmerie ont enregistré au total 473 000 victimes de violences physiques et 132 300 victimes de violences sexuelles en France. Derrière ces totaux se cache une tendance particulièrement préoccupante : la part et la progression des victimes mineures.
114 500, c'est le nombre de mineurs victimes de violences physiques en 2025.
76 200, c'est le nombre de mineurs victimes de violences sexuelles en 2025.
+10 %, c'est la hausse des violences physiques sur mineurs (vs +4 % pour les majeurs).
58 %, c'est le pourcentage de victimes de violences sexuelles qui sont des mineurs
Des enfants victimes dans leur propre famille
Plus de la moitié des violences physiques envers les mineurs se produisent au sein même de la famille (55 %). Ce chiffre monte à 63 % chez les enfants de moins de 15 ans. Autrement dit : pour les plus jeunes, le danger principal n'est pas dans la rue — il est à la maison.
Pour les violences sexuelles intrafamiliales, la réalité est encore plus saisissante. En 2025, 79 % des victimes mineures de violences sexuelles intrafamiliales portent plainte pour des faits commis avant l'année d'enregistrement — souvent des années auparavant. Le délai moyen entre les faits et leur signalement atteint désormais 51 mois, soit plus de quatre ans de silence.
"Les enfants de 5 à 9 ans affichent la part la plus élevée de victimes de violences sexuelles intrafamiliales enregistrées : 2 victimes pour 1 000 habitants dans cette tranche d'âge, avec un taux trois fois plus élevé chez les filles (3,3 pour 1 000) que chez les garçons (0,9 pour 1 000)."
Une tendance à la hausse depuis 2016 et qui s'accélère : un fléau qui ne cesse de croître
La progression n'est pas un phénomène ponctuel. Depuis 2016, le nombre de victimes mineures de violences physiques augmente en moyenne de +9 % par an. Pour les violences sexuelles sur mineurs, la hausse annuelle moyenne atteint +11 % sur la même période.
En dix ans, le nombre de victimes de violences sexuelles enregistrées — toutes tranches d'âge confondues — a été multiplié par 2,6, passant de 51 900 en 2016 à 132 300 en 2025. Pour les mineurs spécifiquement, les violences sexuelles dans le cadre familial ont été multipliées par 2,8 depuis 2016.
Derrière les chiffres : l'iceberg de la non-dénonciation
Des chiffres qui révèlent une réalité souvent cachée...
Ces données ne représentent qu'une infime partie de la réalité. Les enquêtes de victimation menées auprès de la population générale sont sans appel :
Seules 21 % des victimes adultes de violences physiques portent plainte. Ce taux s'effondre pour les violences sexuelles : 6 % des victimes adultes de violences sexuelles physiques (viol, agression sexuelle) déclarent avoir formellement porté plainte. Et seulement 2 % pour les violences sexuelles non physiques (harcèlement, exhibition…).
Pour les enfants, la situation est encore plus grave. D'après l'enquête GENESE (2021), seuls 8 % des personnes ayant subi des violences sexuelles intrafamiliales avant 15 ans déclarent les avoir signalées aux forces de l'ordre. Hors famille, ce taux tombe à 4 %.
"Ce que mesurent les statistiques officielles, c'est la partie émergée d'un iceberg. Pour chaque enfant enregistré comme victime, combien restent invisibles, silencieux, sans protection ?"
Les mis en cause : massivement des hommes, souvent majeurs
En 2025, les services de sécurité ont mis en cause 84 900 personnes pour violences sexuelles. Parmi eux, 95 % sont des hommes. La grande majorité sont majeurs (75 %), tandis que les violences sont le plus souvent commises en dehors du cadre familial (80 % des cas).
Pour les violences physiques, 342 800 personnes ont été mises en cause, dont 80 % d'hommes. Un quart des mineurs mis en cause pour violences sexuelles a moins de 13 ans — un chiffre qui interroge sur la prévention, l'éducation et la détection précoce.
Inégalités territoriales : les DROM et certains départements en première ligne
Les disparités géographiques sont marquées pour les violences intrafamiliales. Les départements les plus touchés sont le Pas-de-Calais (6,2 victimes pour 1 000 habitants), la Guyane et la Réunion (6,1), la Martinique et la Guadeloupe (5,9) ainsi que la Seine-Saint-Denis (5,1). Ces territoires cumulent souvent vulnérabilités sociales et surexposition aux violences.
Un appel à la vigilance et à l'action
Ce que ces chiffres nous obligent à faire
Les données 2025 du SSMSI ne sont pas de simples statistiques. Elles dessinent le portrait d'une société où des dizaines de milliers d'enfants subissent des violences — le plus souvent dans leur propre foyer, le plus souvent sans que personne ne le sache.
La libération de la parole permise par le mouvement #MeToo, le Grenelle des violences conjugales et les évolutions législatives récentes expliquent en partie la hausse des signalements. Mais si plus d'enfants parlent aujourd'hui, c'est aussi parce que les conditions d'accueil s'améliorent — pas nécessairement parce que les violences augmentent.
Une chose est certaine : derrière chaque chiffre, il y a un enfant. Et pour chaque enfant enregistré, combien restent dans le silence ?
Arnaud de SAINT REMY
Avocat Associé en charge du Pôle pénal du Cabinet EMO AVOCATS, ancien bâtonnier, élu au Conseil national des barreaux en charge du Groupe de Travail "Droit des enfants"
Contacts : 06 08 70 16 86 - adestremy@emo-avocats.com